La Réforme des rythmes scolaires, tout est à jeter ?

Le premier trimestre de cette année scolaire 2013 – 2014 s’est vu rythmé (lui aussi) par des grèves de professeurs, des écoles fermées, des animateurs mécontents, une mobilisation sans précédent des parents… Mais que penser (?) quand tantôt certains dénoncent « un passage en force de la réforme » alors que d’autres saluent « une large concertation en amont », d’autres encore un « manque criant de concertation et d’information préalable », en somme une réforme appliquée dans la « précipitation et le manque de communication ».
On entend même dire les parents inquiets et en pleine incompréhension, tandis que d’autres carillonnent que « la tempête s’est quelque peu calmée » et trouvent finalement des parents et des écoliers qui commenceraient à…« apprécier la réforme ».
Mais alors, positive ou négative cette réforme ?!
Est-ce le calme avant la tempête de la rentrée 2014 ? Les contestations se sont réellement tassées ou sont-elles étouffées ?
Voici, pour ceux qui sont un peu désorientés et qui n’y comprennent plus grand chose la Réforme des rythmes scolaires de 2013 en quelques mots. Il s’agit de deux volets :
-C’est en premier lieu le passage à 4 jours et demi de classe par semaine pour les écoliers et les enseignants (ajout de la matinée du mercredi ou du samedi).
-C’est parallèlement un temps périscolaire dégagé, avec la responsabilité pour les communes de l’organiser par des  » activités périscolaires » (A.P.S).
Le Décret n° 2013-77 du 24 janvier 2013 organisant le temps scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires avait vocation à s’appliquer dès septembre 2013, mais la faculté pour les municipalités d’en faire reculer l’application à la rentrée 2014 reste également possible.
Ainsi, toutes les écoles du territoire français, hormis les écoles privées hors contrat seront passées sous le régime de cette réforme à la première sonnerie de la rentrée 2014.
De ce fait, à l’heure où les communes qui se sont lancées dès la rentrée 2013 dans ces nouveaux rythmes connaissent l’heure du premier bilan et affrontent les élections municipales, Famille2vie (ni chronobiologiste, ni expert en Sciences de l’Education, ni Ministre de L’Education Nationale, mais à l’écoute) fait le point sur une réforme des plus controversées où rythme politique et rythme scolaire ne font pas toujours bon ménage.
En faisant un tour d’horizon dans la presse écrite, les sites officiels, les blogs de parents et d’enseignants, l’on constate deux camps extrêmement opposés au sujet de ce premier bilan. Les avis modérés sont pratiquement inexistants.
Si les partisans de cette réforme (Le Ministère de L’Education Nationale) tirent un bilan assez positif de ce premier trimestre, ceux qui y sont hostiles (notamment les parents et le personnel enseignant dans sa grande majorité) en tirent un bilan catastrophique.
En conséquence, Famille2vie a choisi de vous relayer les remarques et observations les plus couramment rencontrées au sujet de cette réforme afin que vous puissiez vous faire une idée et en tirer vous-même les premières conclusions.
Les premiers chiffres ont été transmis le 4 février 2014 par Vincent PEILLON, notre Ministre de l’Education Nationale lors d’une séance de questions au Gouvernement :
· 19 157 communes, scolarisant 4 480 000 élèves doivent mettre en place la réforme à la rentrée scolaire 2014 ;
· Sur ces 19 157 communes, 88% ont élaboré leur projet et l’ont transmis à l’Administration de L’Education Nationale « sans aucune difficulté »  ;
· 5,6% des communes ont « refusé de le faire, pour des raisons de principe » ;
· 6% des communes « rencontrent des difficultés réelles » dans la mise en place de la réforme.
Au demeurant, depuis septembre 2013, Le Ministère de l’Education Nationale assure un suivi des communes ayant d’ores et déjà mis en place la réforme. Voici les informations remontées par 81% de ces communes :
· 1,3 millions d’enfants sont déjà engagés dans la réforme voulue par le Gouvernement depuis la rentrée 2013 soit 17% de communes ;
· 93,5% des 4 000 communes ayant mis en place la Réforme, disent l’avoir fait
« sans difficulté » (relayées par le maire, les parents, le personnel enseignant) ;
· 5,2% disent rencontrer des difficultés mais informent avoir mis en place des ajustements ;
· 1,3% informent qu’une adaptation significative reste à mettre en œuvre.
· 199 communes déclarent avoir procédé à 318 ajustements depuis septembre 2013 au niveau du temps scolaire, périscolaire, de la pause de midi, de l’articulation du temps, de la gestion des locaux et de la communication entre autres.
A la lecture des communications officielles du Ministère de l’Education, la réforme semble s’être « imposée » sans difficulté majeure : « La contestation s’est tassée ».
Le Ministère laisse entendre volontier et concède que seuls « quelques ajustements » devraient être envisagés. Néanmoins, les remontées négatives émanant des parents, du personnel enseignant, des syndicats et même parfois des intervenants sont si nombreuses et si virulentes qu’on ne peut que s’interroger sur la véracité de ce bilan positif.
Assurément ! Après enquête, il semble que le succès ou l’échec de cette réforme soit conditionné par les moyens financiers engagés par la commune chargée de l’organisation des activités périscolaires (A.P.S), l’ajout d’une demi-journée de classe n’étant en définitive qu’un problème subsidiaire ( sauf en ce qui concerne une fatigue accrue des enfants).
Le nœud du problème se situe encore au niveau de l’argent. De sorte que les communes désargentées sont en grande difficulté pour mettre en œuvre cette réforme.
Alors que les maires qui ont pu mettre « le paquet financier (à la veille des élection ?) pour que ça marche » voient la réforme joyeusement accueillie. Indéniablement, l’enjeu de cette réforme se situe dans la capacité pour les maires de financer des A.P.S de qualité et bien organisées : « La loi est votée, le gouvernement ne reviendra pas dessus, à nous de réussir ! »
La fin de l’ Ecole française avec un grand « E » ?
 La France est-elle en train de franchir un palier supplémentaire dans la dégradation de son Ecole primaire ?
Alors que l’Allemagne qui avait adopté la semaine de 4 jours et demi s’apprête à rebasculer vers l’ancien système français (avant Loi Darcos), les petits écoliers en France eux, apprivoisent les fameuses A.P.S (Activités périscolaires).
Il s’agit des activités culturelles et sportives (échecs, théatre, initiation aux gestes de premier secours etc) qui seront pratiquées (environ 1h à 1h30 le matin ou en fin de journée) par chaque enfant à l’école en plus des activités dites purement
« scolaires » (français, mathématiques etc.).
Des A.P.S pas toujours gratuites, les Grands Principes de L’école Française mis à mal ?
 Il est à noter que ces activités ne sont pas toujours gratuites. Les parents doivent prendre en charge leur coût quand celui-ci ne l’est pas par la commune. Tout dépend dès lors de la richesse de la commune où est scolarisé l’enfant ou du niveau de vie des parents. Se pose la question de la violation et de la remise en cause des principes fondamentaux de gratuité et d’égalité de l’accès à l’école publique française. En effet, certains parents n’ont pas pu financer certaines activités proposées à leurs enfants.
Dès lors, on voit se développer un épi-phénomène : celui des enfants livrés à eux-mêmes dans les rues ou à la maison après 15h30, les parents travaillant. Les statistiques attestent en effet que ¾ des enfants assistent aux A.P.S. Mais que devient le dernier quart ? Ne peut-on pas y voir une discrimination pour les enfants issus des classes modestes et des villes économiquement faibles ?
Le Ministère rétorque à cela que 87.2% des APS sont gratuites et que « la règle est la quasi-gratuité ». Il indique que lorsque ces activités sont payantes, « le coût demeure progressif et modéré ».
 A vous de juger… 
Des intervenants « bas de gamme » pour nos enfants ?
 
Beaucoup d’enseignants et de parents déplorent le niveau de qualification peu élevé du personnel encadrant les A.P.S (BAFA, ATSEM) recruté à la hâte. Certains se plaignent leurs enfants côtoient plus fréquemment du personnel au niveau de formation peu élevé.
Une enseignante témoignage que : « Beaucoup d’  » animateurs  » s’adressent aux enfants dans un français bien peu académique. Certains même se montrent parfois peu respectueux avec eux. Il est affligeant de voir comment, à l’intérieur même de l’école, des adultes peuvent détruire en moins de dix minutes votre leçon de grammaire et votre leçon d’éducation civique de la journée » (http://vigilance-rs.clicforum.fr/t618-T-moignage-hallucinant-d-une-institutrice-parisienne.htm).
Les parents questionnent : « y a-t-il une vérification sérieuse du personnel en contact avec nos enfants ? »
Enfin, ils redoutent un risque de changement fréquent, sorte de « turn over » de ce personnel, fonction des résultats de leur recherche d’emploi.
Face à cela, le Gouvernement se réjouit quant à lui de l’augmentation de la création de milliers « d’emploi aidé ».
Certains huent l’augmentation de petits emplois précaires.
Encore une fois, tout dépend de la commune qui offre les A.P.S à vos enfants. En effet, certaines communes richement dotées proposent ces activités grâce à un partenariat avec des institutions ou des associations dotées d’un personnel qualifié et de qualité, par exemple l’Ecole de cirque ou avec le conservatoire de musique de proximité.
D’autres, en revanche ne peuvent mobiliser que du personnel de surveillance sans plus de qualité.
Exemple à Aubervilliers l’une des communes les plus pauvre de Seine-Saint-Denis, qui compte plus de 9000 enfants et 32 écoles, les parents ont pu scander en cœur : « pas d’école aujourd’hui, les activités sont trop pourries ! »
 
Que devient le Principe de l’Egalité de la qualité de l’enseignement ?
En outre, à un autre maire d’une commune de Seine-Saint-Denis d’ajouter que « 2 enfants sur 3 n’avaient jamais d’activité autre que l’école avant la réforme ». Celle-ci réduit ainsi les inégalités éducatives, les activités étant censé aider l’enfant dans l’apprentissage scolaire.
A vous de juger…
La Réforme : une Education à deux vitesses ?
 
 Villes fortes, villes de luxe : vive la Réforme ! (?)
 
Il n’y a pas à dire, le constat est là, la réforme s’est relativement bien installée dans les communes membres d’une intercommunalité ou d’une communauté d’agglomération ou dans les villes importantes. En effet, dans ce cadre, c’est la communauté d’agglomération qui, dans la plupart des cas, a pris le relai en terme de mise en place des A.P.S.
En général, on note qu’il existait déjà dans ces communes, des partenariats entre parents, enseignants, maires et centre de loisirs. Il en est de même pour les communes qui disposaient d’ores et déjà , sans attendre la réforme, d’activités de loisirs associées à l’école (ALAE) ou qui proposaient des activités lors de la garderie du matin et du soir. Ainsi, dans ce type de communes, la réforme n’a pas apporté de véritables changements.
Le système était déjà bien rodé…
Ces communes peuvent être vues comme avantgardistes en la matière. Il s’agit souvent de petites communes ou des grosses agglomérations de communes financièrement fortes, très bien dotées en infrastructures et matériels (locaux, terrains etc).
Le bilan est positif dans ces communes où une base très structurée existait et qui finalement n’ont effectué que quelques ajustements.
Le tableau est plus noir pour les communes désargentées (petites ou grandes, isolées), qui n’ont pas les moyens d’offrir à leur écoliers des A.P.S de qualité faute de moyens humains, matériels et financiers : par manque de locaux, les salles de classe sont réquisitionnées en salle d’activité ou de jeux ;
Ou alors il n’y a pas de système de ramassage scolaire lorsque l’activité est sur un site éloigné ; Parfois, le temps périscolaire se transforme en une récréation de 1h30 faute de mieux ;
D’où les phénomènes de confrontation des parents qui comparent les activités offertes à leurs enfants à celles proposées dans les communes voisines.
Mais pas de panique ! dit-on, « l’Etat a promis trois vagues d’accompagnement financier en février, mai et septembre 2014 ». Soit 250 millions reconduits en 2014…et après ?
La réforme est coûteuse. Tous s’accordent à le dire. Bus, locaux, accueil des enfants, animateurs, recrutement…
Dans une commune comme Carcassonne, un projet éducatif ouvre droit à une aide de 90 euros par enfant pour l’organisation des A.P.S.
Fatalement, une augmentation des impôts pour les années à venir est à prévoir. Inégalité géographique dans l’Ecole de la République ?
A vous de juger…
Les premières répercussions de la Réforme
S’il est bien trop tôt pour mesurer l’impact de ces mesures sur un meilleur apprentissage des enfants, les premières réactions ne se sont pas faites attendre :
« Les enfants sont fatigués ». Le rajout du mercredi ou du samedi matin a conduit à une semaine plus lourde pour les enfants. Les journées et le programme sont plus chargés. « La coupure du mercredi était un espace de repos » pour certains, et « les devoirs du mardi soir n’arrangent rien ».
 
Les enfants sont en perte de référents : la multiplication d’adultes leur dispensant des enseignements (enseignants, animateurs) conduirait à une perte de distinction entre « la maitresse » et « l’animateur ». Nos petits sembleraient perdus.
-Les enseignants déplorent un « manque de concentration ». Les enfants n’arriveraient plus à distinguer les activités obligatoires (enseignements de base français, mathématique, histoire) des activités facultatives. Certains assimilent les deux. « Ils sont déstabilisés » entend-on dire. On remarque que beaucoup d’enfants ne terminent plus leurs devoirs par ennui, ou par fatigue. Entre la dictée et le foot mon cœur balance…
-Enfin, les parents et les enfants regrettent les activités « non choisies ».
Les enfants tiendront-ils le rythme jusqu’à la fin de l’année et les résultats seront-ils à la hauteur ?
L’école publique est-elle devenue un centre de loisir où les enseignants tentent d’enseigner un minimum ?
Certains enseignants et syndicats notent une dégradation des conditions de travail des professeurs des écoles : la salle de classe n’est plus réservée aux activités scolaires, les enseignants sont priés de libérer les lieux à l’heure du périscolaire, dépossédés de leur classe.
Une réforme sur l’Education touche tout le monde. S’attaquer à l’enfant, c’est s’attaquer à l’avenir de la nation. C’est sensible. Et chaque famille vit ce changement différemment. Certains parents qui ne travaillent pas témoignent que leur enfants sont moins fatigués quand ils rentrent chez eux sans assister aux A.P.S.
Un bonus ? Chacun sa réforme.
Contre attaque du gouvernement : la fatigue s’est accrue, il y a moins de temps de pause, mais plus d’activités nouvelles et d’enrichissement. Et l’apprentissage hors temps scolaire est enfin pris en compte. Les A.P.S sont censées aider l’enfant dans son apprentissage. C’est la symbiose du temps scolaire et périscolaire. Mettre fin à la dissociation des deux ne peut être qu’un plus pour l’Education française. D’ailleurs, il n’y a pas de changement significatif pour les enfants habitués au centre de loisirs du mercredi. Et de surcroit, voilà une économie pour les parents.
Positif ou négatif ? A vous de juger…
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